Ghibli, les dialogues en moins | La tortue rouge

[Case n°16 du Calendrier de l’Avent]

Bonjour à tous et bienvenue sur le blog de Komorebi pour parler de ma couleur préférée, d’animation sans dialogues, de la vie et de tortues. Aujourd’hui au programme c’est notre dernière étape du marathon Ghibli puisque les deux prochains films de la filmographie ne sont pas encore sortis et donc La Tortue Rouge. N’hésitez pas à me partager votre avis sur cette œuvre, j’en discuterai avec plaisir. Bref, qu’est-ce que c’est et qu’en ai-je pensé ? C’est parti !

Page des Komoritiques de l’oeuvre


Réalisation : Michael Dudok de Wit
Scénario : Michael Dudok de Wit
Sociétés de production : Studio Ghibli/ Wild Bunch/ Why Not Productions
Pays d’origine : Belgique/ France/ Japon
Genre : animation, conte
Durée : 80 minutes
Sortie : 2016

À travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La Tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain.

Synopsis

La vie du film : La Tortue rouge est le premier long-métrage d’animation du réalisateur néerlandais Michael Dudok de Wit, auparavant réalisateur de courts-métrages. En 2006, Michael Dudok de Wit est contacté par le producteur Toshio Suzuki et le réalisateur Isao Takahata, qui sont ses interlocuteurs au studio Ghibli. Isao Takahata précise dans un entretien que l’idée du projet revient à Toshio Suzuki, qui exprime l’envie de voir le réalisateur néerlandais travailler sur un long métrage et se dit curieux d’en voir le résultat. Le studio, impressionné par le travail de Dudok de Wit, notamment son court-métrage Père et Fille, se dit prêt à co-produire un long-métrage du même réalisateur, une nouveauté pour le studio Ghibli. Takahata donne carte blanche au réalisateur pour un projet de long-métrage. Le studio Ghibli insiste pour que le film soit entièrement fait en France : il est alors co-produit par deux studios français, Why Not Productions et Wild Bunch.

En 2014, Michael Dudok De Wit présente le film (encore en cours de production) en ces termes : « Je voudrais avec ce film, parvenir à combiner trois éléments. Tout d’abord, une histoire forte. Ensuite, je souhaite que cette histoire s’inscrive dans un univers visuel empreint de beauté : beauté naturelle des paysages, du jeu des ombres et de la lumière du soleil et de la lune, de l’élégance et de la subtilité des mouvements. J’aimerais aussi que le film témoigne d’un profond respect pour la nature, y compris pour la nature humaine, et qu’il véhicule un sentiment de paix et d’admiration devant l’immensité de la vie. »

Dudok de Wit envoie peu à peu des dessins et des idées qui forment la base de La Tortue rouge. Il est principalement en contact avec le réalisateur Isao Takahata, qu’il avait déjà rencontré en deux occasions auparavant, et dit avoir été surpris par la proximité de leur façon de voir les choses en dépit de leurs cultures très différentes. Le studio Ghibli laisse une grande liberté au réalisateur. Isao Takahata formule des avis et des conseils, mais laisse sa liberté à Dudok de Wit. Celui-ci indique que Takahata lui a conseillé en particulier de donner plus d’épaisseur au personnage féminin, qui restait très mystérieux dans les premières versions du scénario, afin qu’elle ne reste pas « un fantôme ».

Pendant l’écriture du scénario, Dudok de Wit effectue des repérages sur une île déserte dans les Seychelles, où il peut notamment filmer une tortue au moment de la ponte. Il déclare avoir tenté d’éviter la « vision de carte postale » qui idéalise la vie sur les îles tropicales faites de palmiers et de ciel bleu.

Outre Dudok de Wit et Isao Takahata, le scénario est également conçu par une co-scénariste, Pascale Ferran, elle-même réalisatrice par ailleurs. Elle apporte un regard différent sur le film, puisqu’elle ne vient pas du monde de l’animation, et aide le réalisateur à surmonter les grandes difficultés que lui pose la conception du scénario. Dudok De Wit estime dans un entretien que « sans elle, le projet n’aurait pas survécu ».

Le film ne contient aucun dialogue. Les premières versions du scénario en contenaient, mais au fil de l’écriture, Michael Dudok de Wit et Pascale Ferran se rendent compte qu’ils ne sont pas indispensables et décident finalement de les supprimer.

Pour la conception du storyboard, Michael Dudok de Wit loue un appartement à Tokyo près du studio Ghibli et travaille six mois, en collaboration avec Isao Takahata qui contrôle le résultat final. Dudok de Wit rentre alors en France et la production du film proprement dite commence.

L’animation est dirigée par Jean-Christophe Lie, animateur et par ailleurs réalisateur. Les dessins du film sont tracés au fusain et au crayon numérique, tandis que l’animation recourt parfois à des images de synthèse au rendu 2D.

Les décors sont dessinés à la main sur un papier dont le grain transparaît à l’image. Les dessins des décors ont été conçus à la main, mais en utilisant des logiciels de dessin qui offrent des possibilités de contrôle des modifications accrues et facilitent les échanges entre les concepteurs du film répartis dans plusieurs pays.

Certaines scènes nécessitent une abondante documentation de référence pour les animateurs, comme la scène de la tempête au tout début du film, pour laquelle l’équipe a utilisé des images de tsunamis et de tempêtes mais aussi de surf afin de rendre convenablement les vagues et leur mouvement.

L’équipe d’animation travaille en outre à rendre les lumières et les ombres caractéristiques du style de Michael Dudok de Wit et qu’il avait préalablement indiquées dans le storyboard. Les photographies prises lors de ses repérages sont également utilisées, en particulier pour le ciel, les nuages et l’influence de la lumière sur les couleurs.

L’animation des personnages adopte un style réaliste. À cette fin, les animateurs recourent à la technique de l’animationalytique qui consiste à observer des comédiens humains en train de faire les mouvements et à s’en inspirer pour l’animation dessinée, de la même façon qu’un peintre peut travailler d’après un modèle. Les animateurs utilisent les modèles pour repérer les poses fortes de chaque mouvement qui servent ensuite aux animateurs-clés.

Seuls quelques éléments ont été animés en images de synthèse, principalement la tortue et le radeau, car cela facilitait beaucoup le rendu des changements de perspective. Même pour ces éléments, les modélisations en image de synthèse ne transparaissent pas directement à l’image : elles ont servi de modèle aux animateurs, puis chaque image a été redessinée à la main. De même, les ombres portées sur les bambous des radeaux, dont elles épousent les courbes, sont animées manuellement.

La conception du film, du projet initial à la sortie en salles, dure neuf ans.

Pour la bande originale de La Tortue rouge, l’équipe de production rassemble les noms de plusieurs compositeurs et leur propose un essai : ils reçoivent une scène à partir de laquelle ils doivent composer le thème du film. L’équipe du film travaille pendant deux ans avec plusieurs compositeurs. Finalement, la production choisit Laurent Perez del Mar, qui faisait partie des participants après avoir été proposé par les producteurs de Prima Linea pour qui il avait déjà travaillé et qui avait déjà composé plusieurs bandes originales de films d’animation auparavant. Il reçoit alors le film entier et compose 50 minutes de musique en deux mois. Pendant son travail, Laurent Perez del Mar est principalement en relation avec Michael Dudok de Wit et avec la directrice de post-production Béatrice Mauduit. Le réalisateur se contente de suggérer au compositeur un violoncelle et un rythme ternaire, mais ne donne pas beaucoup plus de recommandations techniques et évoque surtout les émotions qui doivent dominer dans chaque plan.

La bande sonore comprend de nombreux sons naturels et de rares sons de voix humaines. Le compositeur de la bande originale travaille avec le monteur son Sébastien Marquilly et le mixeur sonore Fabien Devillers afin d’intégrer au mieux la musique à l’ambiance sonore. Le parti pris consiste à tenter de fondre les sons naturels et la musique en un ensemble cohérent et indissociable. Dans ce but, toutes les pistes sonores musicales restent séparées jusqu’à la toute fin du mixage, ce qui rend possible des réglages fins pour fondre autant que possible les différents types de sons, par exemple en accordant les sons du vent et des oiseaux avec la musique. Ce travail de fusion influence également les choix d’instrumentation et de composition de Laurent Perez del Mar : il inclut dans la bande originale des sons de bambou enregistrés et réagencés, pour ménager une cohérence avec les nombreux bambous qui poussent sur l’île et sont souvent présents à l’image.

La bande originale est également conçue pour jouer un rôle narratif et renforcer le rythme du film, sans devenir envahissante. Le thème principal du film est annoncé au début puis revient régulièrement mais sans être audible dans toutes les scènes. Et certains plans montrant de beaux paysages ne sont accompagnés que de bruitages à base de sons naturels enregistrés, sans intervention de la musique. Certaines scènes donnent lieu à discussions et à essais, comme la scène du tsunami qui ne comportait pas de musique dans sa première version, mais à laquelle Laurent Perez del Mar ajoute une musique qui renforce l’aspect romanesque de la scène sans tomber dans les clichés de la musique d’action qui ne feraient que paraphraser les images. À l’inverse, plusieurs scènes pour lesquelles la musique n’est pas d’une utilité manifeste sont laissées sans musique.

La Tortue rouge est sélectionné dans la catégorie « Un certain regard » en compétition pour la Caméra d’or au Festival de Cannes en mai 2016, avant sa sortie nationale dès le 29 juin 2016 en France.

Le film est projeté en avant-première au festival de Cannes 2016 dans le cadre de la sélection « Un certain regard » en mai 2016. Il est remarqué par les médias. Lors de sa sortie en salles en France le 29 juin 2016, le film reçoit un excellent accueil dans la presse. Consulté le jour de la sortie du film, le site Allociné confère à La Tortue rouge une note moyenne de 4,4 sur une échelle de 5, sur la base de 27 critiques de presse.

Le site agrégateur de critiques anglophone Rotten Tomatoes, consulté début janvier 2018, donne à La Tortue rouge une note moyenne de 94 sur 100, sur la base de 149 critiques parues dans la presse anglophone américaine, britannique, australienne, etc. Le site Metacritic, fonctionnant sur le même principe, donne quant à lui au film une moyenne de 86 sur 100, basée sur 32 critiques de presse.

La Tortue rouge sort en salles en France le 29 juin 2016. Durant sa première semaine d’exploitation en salles en France, La Tortue rouge rassemble 79 745 spectateurs. Le 1er septembre, un peu plus de deux mois après sa sortie, le film a fait un peu plus de 267 500 entrées.

Mon avis : On a cette coproduction Ghibli qui livre un film d’une simplicité universelle. Ici on ne s’amuse pas à te dire ce qui se passe, tu le comprends et parce qu’on ne te prend pas par la main, et bien tu peux ressentir sans qu’on te dise en détails ce que tu dois ressentir. On commence in media res, le type perdu au milieu de l’océan, ce qui s’est passé on ne le saura jamais, on le devine, on le voit échouer sur l’île, commencer à survivre, à vouloir partir. Il ne parle pas, il n’a pas besoin de parler, on voit ce qu’il ressent, on comprend, c’est universel, on est un naufragé on veut retourner à la civilisation, c’est évident. L’absence de dialogues permet donc une épuration totale. Ce qui n’empêche pas le film d’avoir un ou deux moments d’angoisse, je pense à la scène où le héros tombe dans une sorte de cavité et où il ne semble pas pouvoir sortir, parce que le film a beau être court, le réalisateur prend le temps de nous montrer cette scène en longueur, on voit qu’il est fragile et courageux en même temps.

Et puis survient l’événement fantastique du film avec cette tortue rouge. J’ai adoré la scène où le héros la frappe, où il désire la tuer. On sent la colère, on comprend pourquoi cette colère et en même temps on ne peut pas s’empêcher de se dire : pauvre tortue. Le film enchaîne ensuite les scènes de vie, toutes simples, mais vraiment belles, notamment celle où le héros met à l’eau son radeau et le laisse partir, acceptant ainsi son sort et décide de mener sa vie sur l’île. C’est vraiment beau et touchant. Et finalement la vie sur l’île ne semble pas si mal. Bien que les nuages sombres annoncent un changement de ton, une catastrophe, jamais le héros ne viendra se plaindre, il a accepté son sort et parce qu’il a accepté son sort, tragique mais magnifique, il en devient un héros absolument universel. Parce que sa vie sur l’île, n’est pas différente de nos vies à nous.

Et il est là le tour de force, parler de l’universel à partir d’un cas si particulier. Il faut parler également de la bande son qui rend ça possible, car si visuellement j’ai trouvé ça vraiment très beau, avec une simplicité et une richesse en même temps, parce que le réalisateur sait quand il faut mettre du silence et quand on peut oser la musique. Le film est très bien dosé, notamment avec l’apparition du fantastique, que le spectateur ne peut pas refuser étant donné que de toute façon il n’a pas le choix, on ne lui donne pas l’opportunité de ne pas y croire puisque encore une fois, rien n’est expliqué. Mais l’acceptation est aussi permise parce qu’on a des séquences oniriques, des rêves, qui permettent d’entrer petit à petit dans ce qui sera le reste du film, autrement dit, pas un film de survie. C’est un film miroir, je pense qu’il a le génie pour qu’on y voit ce que l’on est soi pour que l’on puisse l’interpréter comme on le veut, selon son vécu . Et la fin est déchirante.

En somme, nous avons une belle collaboration entre plusieurs pays et plusieurs studios pour une expérience très rare. Je trouve ça dingue de vouloir raconter une histoire sans utiliser le moindre dialogue. C’est tellement poétique ! Evidemment, l’ensemble peut paraître ennuyant, je n’en doute pas. Mais c’est un peu ça aussi la vie de toute façon. Car oui, au travers de cette histoire spécifique racontée de belle manière, c’est la vie qui nous est dépeint. Nous n’avons pas toutes les réponses mais cela sert encore le propos que semble raconter cette aventure muette qui est une expérience très intrigante par son originalité même si je n’arriverai sans doute jamais à l’apprécier à 100% puisqu’il me manque des codes auxquels je suis habitué.

😁


Merci beaucoup de m’avoir lu. N’hésitez pas à me partager votre avis sur ce titre et sur cet article et à me partager tout ça, ça m’aidera beaucoup. On se revoit très vite. Merci à tous, c’était Komorebi !

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