Que vaut l’arc des esclaves | Vinland Saga tomes 8 à 14 | Komoritique #07

Article du copain Gommahan sur les mêmes tomes que moi (8-14)

Article du copain Apprenti Otaku sur les tomes 9 à 11 puis sur les tomes 12 à 14.


Mon avis sur les tomes 1 et 2.

Mon avis sur les tomes 3 à 6.

Mon avis sur le tome 7.


Bonjour, bonsoir à tous, c’est Komorebi ! On se retrouve pour la septième Komoritique. Oui, c’est la seule émission qui sort en ce moment alors que je voulais me concentrer sur toutes les autres. Ah, les hommes et leurs contradictions. Mais j’ai pour projet de rattraper les lectures que j’ai en retard. Nous allons donc enchainer rapidement avec Dreamland, Prisonnier Riku et un colis gentiment envoyé par Meian début décembre. Bref, aujourd’hui on retourne en Angleterre aux côtés d’une belle bande de vikings et on arrive à la transition qui me faisait de l’œil depuis belle lurette.  Je vous invite évidemment à aller voir mon retour sur les parties précédentes sur le blog. D’ailleurs, prenez en compte que je vais divulgâcher jusqu’au tome 8 dans la quatrième partie et jusqu’au tome 14 dans la cinquième mais vous pouvez au moins vous intéressez au reste si cela vous inquiète. Vinland Saga tomes 8 à 14, septième Komoritique, c’est parti !

Première partie : Synopsis

Angleterre, 1013. Le roi du Danemark Sven 1er a réussi à placer quasiment tout le pays sous la domination des vikings. Mais il est proche de la mort, et la lutte pour la succession se joue entre ses deux fils, l’aîné, Harald et le cadet, le frêle Knut. En secret, Sven complote, accompagné de son fidèle Floki, pour faciliter l’arrivée de Harald sur le trône. Pourtant, Knut peut compter sur le soutien du redoutable guerrier Thorkell, et, surtout, d’Askeladd, un génie de la stratégie. Mais tout n’est pas aussi simple.

Depuis que le seigneur de guerre Askeladd, il y a dix ans, a tué sous ses yeux son père, le vaillant Thors, le jeune Thorfinn, qui a à présent 17 ans, a quitté son caractère de gamin joyeux pour devenir un garçon froid et solitaire, ne cessant de suivre le bourreau de son père, se faisant exploiter par ce dernier en échange de promesses de duels à mort pendant lesquels il échoue à chaque fois, incapable de se maîtriser dans sa quête d’une digne vengeance.

C’est ainsi que, de fil en aiguille, le jeune garçon a quitté sa famille et son Islande natale pour se retrouver au cœur des manigances vikings en Angleterre.

Il s’agit là, tout du moins, du fil rouge des huit premiers volumes de Vinland Saga. Huit volumes (7 volumes et 150 pages, pour être précis) en forme de prologue à une œuvre destinée à aller beaucoup plus loin que ces simples considérations de succession viking et de conquête de l’Angleterre.

Avec Vinland Saga, préparez-vous à plonger au cœur de l’un des seuls mangas mettant sur le devant de la scène avec un certain souci de réalisme l’univers des vikings, même si ce sujet ne semble être qu’un prétexte pour mettre ensuite en avant bien d’autres choses.

Deuxième partie : Fiche signalétique

Vinland Saga est un manga mêlant Histoire, aventure et introspection, scénarisé et dessiné par Makoto Yukimura depuis 2005 aux éditions Kôdansha. La série commence tout d’abord sa parution au sein du magazine de prépublication Weekly Shonen Magazine, mais Makoto Yukimura ne parvenant pas à soutenir le rythme de parution rapide de ce magazine, elle est transférée, au bout de deux volumes, dans le magazine Afternoon. Ainsi, le rythme de parution des chapitres passe d’un rythme hebdomadaire à un rythme mensuel. Pour l’occasion, les deux premiers tomes ont été réédités avec modification des couvertures et des mots de l’auteur. Rapidement, le changement de rythme se ressent dans la série : dès le troisième volume, les chapitres sont plus longs, Yukimura a le temps de mieux découper son histoire, et le gain de qualité graphique est indéniable.

Pour réaliser la partie graphique de Vinland Saga, Makoto Yukimura est aidé par quatre assistants.

L’œuvre a débarqué en France aux éditions Kurokawa en janvier 2009, et a tout d’abord connu un rythme de parution rapproché de deux-trois mois entre chaque volume, jusqu’à l’arrivée du tome 7 en juin 2010, qui a vu l’édition française rattraper quasiment la japonaise. A partir de là, le rythme s’est légèrement ralenti : quatre mois d’attente entre les tomes 7 et 8, puis cinq mois entre les huitième et neuvième volumes et encore sept mois pour arriver au neuvième. La France subit rétroactivement la pause connue au Japon.

Pour cette version française, les éditions Kurokawa nous offrent un travail on ne peut plus satisfaisant. La traduction a été confiée à l’expérimentée Xavière Daumarie, Elle se montre ici à son aise en offrant un travail fluide et globalement agréable, auquel certains reprocheront toutefois un parler parfois légèrement jeune pour des vikings, mais ce sera à chacun de se faire un avis sur la question. On soulignera la pertinence des notes, souvent présentes et s’avérant très utile quand il s’agit de mettre en avant certains détails historiques. Le papier utilisé et l’impression sont de très bonne qualité.
La fin de chaque tome est ponctuée d’une petite carte récapitulant les lieux visités par les héros pour le volume en question, ce qui s’avère parfois, fort utile. On ne peut également que remercier l’éditeur d’avoir conservé les pages couleur. Enfin, notons la volonté de Kurokawa de promouvoir la série via des opérations permettant de récupérer des goodies collector.

Troisième partie : L’auteur et ses œuvres

Makoto Yukimura est né le 8 mai 1976 à Yokohama, dans la préfecture de Kanagawa, un peu au sud de Tôkyô. Diplômé de la Tama Art University, une université de beaux-arts, il débute sa carrière à l’âge de 20 ans en tant qu’assistant du mangaka Shin Morimura sur la série Kangaeru Inu, parue chez Kôdansha. C’est en 1999-2000 que les éditions Kôdansha lui laissent la chance de mettre au point sa première série personnelle, dans le magazine Morning : Planètes, seinen de science-fiction à vocation réaliste et introspective, riche de quatre volumes dont la parution japonaise s’étale de janvier 2001 à février 2004. En France, les éditions Panini nous offrent dès 2003 la possibilité de découvrir l’œuvre, dans une édition qui s’achèvera en février 2005, avant de rester longuement en rupture pour certains volumes puis de passer en arrêt de commercialisation. Fort heureusement, le succès de Vinland Saga semble avoir réveillé l’éditeur, qui débuta en juin 2011 une réédition en format Deluxe comptant au total trois volumes. Vous n’avez plus aucune excuse pour passer à côté de ce bijou ! Rapidement, Planètes s’impose, au Japon, en France et ailleurs, comme une œuvre marquante. La série remporte plusieurs prix et est encensée pour son réalisme, ses personnages réussis, et les questionnements qu’il met en avant quant aux relations humaines, celles entre l’homme et l’espace, l’angoisse existentielle de l’être humain face à l’immensité de ce dernier, les rêves et ambitions personnels, et même l’amour par l’intermédiaire du personnage de Tanabe. Ainsi Makoto Yukimura s’impose-t-il dès sa première œuvre comme un auteur à suivre de très près, et l’on ne peut que rester admiratifs face à la profondeur de cette première série lorsque l’on connaît son jeune âge.

Fort de ce premier succès, l’auteur publie en 2004, au sein du magazine Evening, un one-shot du nom de Sayonara ga Chikai no de. Dans ce drame historique, Yukimura dépeint à sa façon les derniers moments de Soji Okita, un capitaine de premier escadron du Shinsengumi, et personnage historique surtout connu pour son destin tragique. En 1868, au début de l’ère Meiji, alors que la modernisation du pays est entreprise et efface petit à petit les traces de l’ancien système du pays et de ceux, dont le Shinsengumi qui cherchaient à conserver cet ordre ancien, l’auteur s’attarde sur les questionnements qu’aurait pu avoir cet homme dans ses derniers instants. Ainsi, l’ambiance se veut résolument dramatique, mais à l’instar de Planètes, c’est avant tout l’aspect introspectif et poétique que l’on retient.

Alors qu’il conçoit cette histoire courte, Makoto Yukimura a pourtant déjà un tout autre projet en tête. Pendant une année complète, il se documente, à l’aide des rares ouvrages parus au Japon sur ce sujet, sur l’univers des Vikings, et se rend même en Islande en 2003, afin de préparer au mieux sa prochaine série. Et c’est finalement en 2005 que Vinland Saga débarque enfin, et rencontre très rapidement le succès. Depuis, Yukimura se concentre uniquement sur cette œuvre, pour laquelle il table sur un total d’environ 25 volumes. Avec Vinland Saga, Makoto Yukimura avoue espérer pouvoir faire s’interroger en même temps que lui le lecteur sur les sujets qui le préoccupent actuellement. Seul le temps nous dira s’il y parviendra, mais c’est très bien parti.

Dans tous les cas, à seulement 44 ans, Makoto Yukimura possède déjà une carrière riche de deux très grands succès, et a tout d’un futur très grand auteur, s’il ne l’est pas déjà.

Quatrième partie : Fin du Prologue, la libération réussie

Attention, nous arrivons au moment où je vais divulgâcher la fin de la saison 1 et le tome 8 pour atteindre mon propos.

Au début de l’année 1014, Knut rejoint enfin Gainsborough avec ses nouveaux alliés. Lors de leur entrevue, son père comprend rapidement qu’il a changé et qu’il convoite désormais sa couronne. Un jeu de fins stratèges s’installe alors entre les deux camps. Sven propose à Knut de le rejoindre à York où un grand banquet pour célébrer la conquête de l’Angleterre se tiendra en présence des plus puissants seigneurs danois. Contre toute attente, c’est durant ce banquet que prendra fin la lutte entre le roi et son fils. Sven annonce devant son armée qu’il projette d’envahir le Pays de Galles, provoquant la consternation d’Askeladd. Quand ce dernier tente de l’en dissuader, le roi lui propose d’épargner son pays d’origine s’il assassine lui-même Knut. Devant ce cruel dilemme, Askeladd ne voit plus qu’une seule solution, se sacrifier lui-même. Il tue alors le roi à la consternation générale, faisant passer son acte pour la folie d’un homme. Thorfinn, qui n’assistait pas au banquet, fut alerté par la foule quittant le palais et découvrit ce qui s’était passé. Il tenta de rejoindre Askeladd, qui avait triomphé de tous les gardes qui l’avaient attaqué, mais arriva trop tard pour voir Knut blesser mortellement Askeladd, qui rendit alors son dernier soupir dans ses bras. Fou de chagrin en voyant son unique raison de vivre, sa vengeance, disparaître ainsi, Thorfinn tente de tuer Knut mais est maîtrisé de justesse. Et, tandis que Knut, salué en héros par l’assistance pour avoir tué le régicide, s’empare de la couronne, Thorfinn est traîné hors du palais et disparaît dans les limbes de l’Histoire.

Nous voilà enfin à la conclusion du premier arc narratif que j’attendais avec impatience.  En effet, comme je l’ai ressenti plusieurs fois plus tôt, j’ai bien du mal avec ce prologue puisqu’il fait exprès de se centrer sur les batailles et les personnages secondaires afin d’offrir des portraits vus et revus. Evidemment, le but est de faire ressortir les personnages les plus importants qui changent des codes que l’on connait et que l’on s’imagine. Le propos est intéressant, mais il n’est clairement pas assez mois en avant pour moi donc j’ai eu du mal à me retrouver avec certains volumes de ce début d’aventure. Pourtant, les passages avec Thors m’ont convaincu vu sa propension à voir le monde différemment et surtout avec Askeladd qui utilise son cerveau et sa langue. Il s’agit de deux outils qui s’attachent directement à mon cœur et qui me font facilement apprécier des personnages.

Et j’ai bien raison d’être totalement sous le charme de ce petit chef à forte tête. En effet, celui avait un superbe plan de longue date et mûrement réfléchi pour prendre le pouvoir. Pourtant, s’attaquer au pouvoir, même affaibli, et même avec un plan d’attaque sournois et génial, ne peut se révéler être une réussite sans une petite part de sacrifice. Ainsi, lorsque Sven lui place les deux éléments les plus importants de sa vie sur une balance, il se voit obliger de créer un troisième choix permettant d’allier les deux mais au détriment de sa propre personne. Ce changement et ce choix est tout aussi fort qu’il est soudain et logique avec ce qu’on connaît du personnage. Je vous avouerais que je n’étais clairement pas un afficionado d’Askeladd dans ses premières actions mais il s’agit dorénavant d’un vikings ayant bien voyagé et ayant cogné son drakkar contre mon cœur. J’ai déjà hâte de reparler de lui un jour ou l’autre.

Tous ces bouleversements entraînent alors un bon moment de tristesse généralisé entre ceux qui ont eu l’honneur ultime de le côtoyer et les lecteurs appréciant les intellectuels aux convictions tenaces et d’engouement pour la suite. Evidemment, Knut et Thorfinn sont les deux plus proches de cette action soudaine et se voient donc obliger de changer également. Je trouve d’ailleurs assez intéressant de mettre leurs valeurs et objectifs en parallèle. Le jeu d’inversion entre leur rôle respectif est un petit coup de génie puisque l’ensemble reste logique tout en étant d’autant plus surprenant et intriguant. En effet, Knut fait ce que Thorfinn aurait dû faire depuis belle lurette et Thorfinn, en perdant son objectif de vie, se retrouve presque aussi vide que Knut quand nous l’avions découvert. Le prologue de leur voyage commun aura fait monter en caractérisation un personnage pour qu’il vole l’objectif du second et le mener au point de départ du premier, quel coup de génie ! C’est vraiment très bien construit et les destins de ces deux protagonistes haut en couleur vont être amenés à grandement changer ici. Une fin en apothéose pour un prologue qui a connu plus de haut que de bas mais qui me donne encore et toujours plus envie de découvrir la suite et de m’y retrouver totalement.

Cinquième partie : Arc des esclaves, naissance du chef-d’œuvre

Nous arrivons à la dernière partie de ce travail et pour avancer jusqu’à la conclusion, je vais divulgâcher jusqu’au tome 14.

Un an et demi a passé. C’est par l’intermédiaire d’un certain Einar, un esclave anglais, que l’on retrouve la trace de Thorfinn. Pour avoir tenté de tuer Knut, il fut réduit en esclavage et vendu à un riche propriétaire terrien danois du nom de Ketil. C’est dans la ferme de ce dernier que le jeune homme, difficilement reconnaissable, défriche la forêt et cultive la terre. Hanté la nuit par les cauchemars de son ancienne vie, il sue le jour du labeur de sa nouvelle vie servile. Pourtant, s’il croit ne plus avoir envie de vivre, il va très vite découvrir son erreur. Grâce au soutien de quelques personnes, d’Einar son premier et seul ami, de son bienveillant maître, Ketil, ou du père de ce dernier, Sverker, de l’amitié d’une esclave comme Arneis dont Einar tomba amoureux, Thorfinn va doucement se reconstruire et emprunter la voie de la rédemption, jurant qu’il renonce désormais à toute violence. Mais il est alors loin de se douter de la tournure que vont prendre les événements…

Effectivement, j’achevais ma critique rapide sur le volume huit en parlant du fait que nous avions une ellipse qui nous fait redécouvrir notre protagoniste et un nouveau personnage avec une intrigue plus personnelle et s’intéressant plus aux classes sociales. J’attendais le changement avec impatience et je suis déjà très emballé en seulement deux chapitres. Nous n’avons plus un seul portait des vikings qui essayait de sortir des carcans mais quoi ne s’en sortait pas vraiment à mes yeux et nous trouvons une vision plus globale du monde de l’époque et une présentation de l’organisation de plusieurs domaines bien différents. Et ceci en commençant la naissance d’un duo entre un esclave semblant porter la joie et un héros complétement vide et n’attendant qu’à être reconstruit.

Après le tome 8, nous nous sommes étrangement concentrés sur le tome 9 et je n’ai fait qu’être positif. C’est si doux et agréable à lire en même temps. La vie de Thorfinn, tout comme le message de Vinland Saga, a drastiquement changé avec la disparition de son objectif. Celui-ci découvre ainsi le monde et des sentiments bien plus humains en s’éloignant enfin de la guerre qui l’aura vu grandir depuis ses six ans. Les personnes ne sont pas fichues pour devenir des humains respectables, agréables et passionnant un jour, il s’agit juste d’un coup de pouce de son monde ainsi que d’une volonté inébranlable. Nous en découvrons encore plus sur la ferme de ce fameux Ketil en découvrant deux membres de sa famille qui semblent rajouter de nouvelles intrigues ainsi que d’autres invités. En même temps, après seulement deux chapitres, il parait plutôt logique que nous allions en apprendre plus. Mais découvrir ainsi une famille avec trois générations bien différentes ainsi que des invités qui ont aussi leur propre vision de leur monde c’est assez dingue. Heureusement que nous avons les esclaves pour nous permettre de rester sur un bon chemin à suivre. Nous avons une belle réflexion sur l’amitié grâce à Thorfinn et Einar, sur la peur de la mort, sur le fait de se rattacher à la vie grâce à Thorfinn, au fils de Ketil et à un invité. Les réflexions sont pertinentes au possible (encore plus avec le fait que les passages de guerre sont ceux que j’aime le moins). Einar est un personnage déjà essentiel pour Thorfinn et pour nous-mêmes. Et je suis dingue de da façon d’accepter les choses et d’apporter son aide à son nouveau collègue alors qu’il aurait très bien pu se replier sur lui-même et agir bien plus violemment au vu du monde qui les entoure. Je pense que cet arc va être passionnant. Et nous découvrons également le Knut post-ellipse et celui-ci me perturbe grandement avec sa nouvelle façon de faire face à la guerre qui sévit en Angleterre. D’autant plus que pendant que Thorfinn semble se rapprocher à nouveau de l’humain, Knut est montré comme ayant totalement perdu le contrôle de son humanité.

Nous arrivons bientôt au moment de la moitié des tomes prévus dans cet article traitée donc nous allons nous intéresser sans plus tarder à ce qu’apporte le volume dix. Et en vitesse s’il vous plaît ! Les choses avancent et les propos se développent parfaitement. En même temps, quel volume ne servirait pas à ça ? Le père de Ketil s’entend bien mieux avec Serpent qu’avec son fils. Les deux proposent alors une ouverture d’esprit bienvenue qui aide bien notre récipient qui n’attends qu’à renaître en la personne de Thorfinn. À côté de ça, nous avons encore de nouvelles intrigues avec l’arrivée du deuxième fils de Ketil qui est aussi horrible alors qu’il est à l’opposé totale du dernier. Nous avons un peu passage sur le traitement de deux voleurs qui permettent de mettre en avant des valeurs bien différents. Thorfinn apprend une nouvelle fois qu’il a tout à apprendre et prend sa décision après un rêve terrible porté par Askeladd et son père et lui permettant de comprendre comment devenir un vrai guerrier, comment devenir meilleur. Mais en même temps, sa volonté aura fort à faire face à la dureté de son monde et de son passé. En tout cas, lui et Einar ne se sont pas fait que des amis au vu de l’état de leur travail. Bref, c’est vraiment intelligent, bien construit et passionnant. J’adhère totalement à ce deuxième arc narratif.

Il est maintenant temps de parler du volume mettant à l’honneur le roi Knut dès sa couverture, le onzième. Grâce à leurs efforts et leur dur labeur, Thorfinn et Einar peuvent enfin entrevoir leur liberté. Mais la santé fléchissante du vieux maître, Sverker, est loin d’être la seule ombre à planer sur le bonheur des deux esclaves. Dans une ferme voisine, le propriétaire des lieux, Kjallak, ainsi que toute sa famille, sont massacrés par l’un de leurs esclaves, avide de se venger des humiliations qu’il a subies de son maître. Après avoir brûlé la ferme, il s’évanouit dans la nature… Mais la plus grande menace qui pèse sur la ferme de Ketil viendra de la capitale du royaume danois, Jelling.  Wow wow wow ! Les choses font plus que bouger et s’emboîter là. C’est vraiment fluide et superbement construit. On a moins de Thorfinn après ses trois ans de travaux. De toute façon, comme il en a assez fait pour racheter sa liberté, il ne lui reste plus qu’à attendre le retour de Ketil en restant au chevet de son père. Rien de plus simple. À moins que le père ait des problèmes de santés et qu’un esclave d’une ferme voisine se soit enfui et représente une sacrée menace. À côté de ça, nous suivons Knut qui arrive chez son frère et qui continue de jouer simplement son plan de conquête et de pacification par les attaques sournoises. Celui-ci porte d’ailleurs un poids terrible qui semble le bercer dans une douce folie pour éviter qu’il sombre totalement. C’est assez étrange de se dire que c’est un peu de folie qui le sauve. Encore à côté, nous avons Ormar qui essaye de réaliser ses rêves mais qui n’est clairement pas au niveau et qui entrainera sa famille dans un engrenage du plan de Knut. Tout est bien relié et bien fixé puisque nous lions la conquête et la ferme ainsi que le possible futur sauvetage de Thorfinn grâce à quelqu’un qui l’aime. Tant d’humanité dans cet arc. Je prends mon pied comme jamais.

Nous arrivons enfin à la trilogie finale de ce magnifique arc qui excelle d’un bout à l’autre pour l’instant, en nous attaquant au tome 12 qui semble emprisonner deux personnages entre ses chaines. Esclave à la ferme de Ketil, au Danemark, Thorfinn n’a plus grand-chose à voir avec le mercenaire qui arpentait les champs de bataille dans l’espoir de venger son père en tuant le cynique Askeladd. Au contact des habitants de la ferme, qu’ils soient libres ou esclaves, Thorfinn découvre une nouvelle vie loin des combats, faite de dur labeur, de sueur et de terre. Toujours hanté par ses crimes passés, il fait le serment de renoncer à la violence. Mais lorsqu’un esclave en fuite arrive dans le domaine de Ketil avec à sa poursuite le Serpent et ses hommes, il devra décider s’il n’y a pas des situations qui méritent que les hommes d’honneur se battent. Je trouve que cet arc narratif se démarque grandement du précédent qui constituait le prologue de Vinland Saga par sa volonté de traiter bien plus de personnages, dont certains qui n’ont finalement pas de réelle importance pour le fil rouge global. Et évidemment, ceci permet, en plus de se démarquer, de me faire grandement augmenter l’intérêt que je porte à ce que je lis grâce à la qualité de l’écriture de tous ces humains, car l’anthropologie est un des plus grands plaisirs que je peux avoir au niveau des lectures. Je ne retiendrais qu’un seul élément de ce volume puisqu’il est tout autant à l’honneur et prépondérant que sur la couverture. Je parle bien évidemment de la tragique histoire des personnages de Arneis et de son mari. Ce n’est pas évident de mettre des personnages plus importants de côté mais c’est un pari totalement réussi. Enfin, nous comprenons bien à quel point les esclaves peuvent être perdus et peuvent regretter toute leur vie des actions qu’ils n’ont pas réellement commises ou qui n’ont pas spécialement dans le terrible destin qu’ils ont eu et qui découle juste du monde. Je trouve cette fuite en avant absolument magnifique car chaque acte les éloigne de la liberté les entrainent forcement au suivant jusqu’à les mettre totalement au dos du mur. Cette histoire est à la fois monstrueusement passionnante, terriblement triste et indicative de la difficulté de la vie des esclaves que nous ne ressentions pas vraiment avec Thorfinn car il a finalement beaucoup de chances dans son malheur. D’ailleurs, en parlant de notre protagoniste, il a quand même un élément pour lui dans ce volume. En effet, celui-ci s’est promis de ne plus jamais se battre et de ne plus jamais blesser personne afin d’éviter de charger le poids des fantômes qu’il a déjà à porter ainsi que de stopper le cycle de la haine. Pourtant, le voilà face à un terrible dilemme car le voilà face à une situation où se battre serait un acte de défense de quelques opprimés, soit un acte pour le bien. Et pourtant, il s’y refuse car c’est un homme de parole mais cela empêche la réussite de sa protection. Ainsi, ce splendide volume permet de remettre à mal les idées de Thorfinn qui semble avoir trouver sa rédemption mais qui n’a pas encore trouvé de solution miracle face à l’incroyable dureté du monde qu’on nous met vraiment en avant avec cette histoire d’amants maudits. La trilogie finale commence avec une pure merveille.

Il est temps de s’intéresser au tome central de la trilogie finale de cet arc narratif, un tome censé être un gros pivot et censé montrer l’utilité de tous les éléments passionnants mis en place jusqu’ici. Thorfinn a tourné le dos à sa vie de mercenaire et aspire aujourd’hui à une vie de non-violence. Mais après la fuite ratée de Gardar et d’Arneis qui s’est achevée par la mort de plusieurs des hommes du Serpent et de Gardar en personne, Arneis, Thorfinn et Einar sont ligotés et enfermés dans la grange en attendant leur punition. Peu de temps après, Maître Ketil revient clandestinement à la ferme à bord du bateau de Leif, après avoir été accusé de haute trahison par Knut, bien décidé à le déposséder de ses richesses. Apprenant le sort d’Arneis, le Maître de la ferme sombre dans une folie meurtrière et décide d’entrer en guerre contre le Roi… Je diviserai ce tome central de la trilogie finale en quatre parties autant pour faire appel à ma lecture que pour le critiquer. Nous retrouvons tout d’abord en élément paraissant bien logique au vu de la situation tendue entre le roi et la petite ferme, la préparation à la guerre. C’est souvent la partie que je préfère dans les guerres car c’est à ce moment là que la tension est la plus présente avec la peur de l’inconnue de l’armée qui arrive, avec la mise au point des rêves des personnages, justifiant le fait qu’ils participent ou non à la guerre, et avec quelle énergie. Cette partie ne fait pas exception ici puisqu’elle correspond exactement à ce que j’attendais avec un très beau passage pour les mercenaires par exemple me faisant les aimer en un éclair. Je séparerais cette préparation en deux puisque le cas de Ketil est vraiment très particulier. En effet, celui-ci s’était créé de grands projets en allant voir le roi puisqu’il avait un fils bien placé mais a été détruit par le fait d’avoir attiré sa haine, d’avoir un fils incapable et d’avoir un fils qui a perdu sa place. Tout ce qu’il a créé, tout ce qu’il a espère crée a disparu. Sa confiance en lui, ainsi qu’en les autres est sacrément émoussé et la trahison d’Arneis et la cerise sur le gâteau de sa folie. Je trouve ce personnage et ce passage absolument dingue au vu de la construction et de la difficulté extrême de la vie. Nous assistons ensuite à la guerre que je vais assez vite éclipser car ce n’est pas ma plus grande passion. En revanche, je trouve son parti pris plutôt intéressant puisqu’on nous met totalement du côté de Ketil puisqu’il n’a rien à se reprocher et que Knut semble un peu perturbé. Et pourtant, le parti pris ne s’arrête pas là puisqu’on nous montre le camp qui se fait totalement rouler dessus par son adversaire. Ainsi, nous voyons très bien l’horreur de la guerre, surtout en comparaison de la nouvelle vie de Thorfinn. Heureusement, Ketil peut quand même compter sur Serpent et Thorgeir pour avoir le droit à quelques passes d’armes de son côté même si cela ne suffit largement pas. Mais bref, cette guerre a également fait une victime qui ne s’est même pas battue au travers du personnage d’Arneis. Je trouve sa façon de partir tellement forte avec cette façon de brouiller très fort la porte de passage entre la vie et la mort ainsi qu’en montrant bien l’influence qu’ont eu les deux frères esclaves sur elle. Les deux frères qui y trouvent d’ailleurs une toute nouvelle volonté qui semble répondre à la question du tome précédent sur la façon de faire de Thorfinn pour trouver la paix.

Nous voilà enfin au dernier tome de ce long article dont je suis bien fier et de ce magnifique arc narratif qui m’inspire franchement et qui me pousse à me dépasser. L’armée du roi Knut a débarqué au domaine de Ketil. Loin de s’avouer vaincu, Ketil a rassemblé ses troupes pour défendre sa ferme. Mais sans une réelle formation militaire, les paysans sont loin d’être de taille face aux redoutables Jomsvikings. Une folie meurtrière s’abat sur la ferme. De leur côté, Thorfinn et Einar, qui ont enfin gagné leur liberté, décident de tout quitter avec Leif pour fonder, au Vinland, un pays ou règnera la paix. Si Einar est tenté de partir sans un regard en arrière, ce n’est pas le cas de Thorfinn. Ce dernier reste furieux contre Maître Ketil depuis que celui-ci a tué Arneis. Rien que pour la galéjade, je tiens à vous préciser que je n’ai compris qu’après ma lecture que nous pouvons apprécier Thorfinn sur la couverture de ce volume. Il a tellement changé plusieurs fois récemment que j’ai eu bien du mal à faire le lien entre les traits durs qu’il a ici ainsi que ses cheveux détachés. Quelle évolution, c’est impressionnant de faire varier autant et autant en lien, le dessin, le chara design et la psychologie des personnages. Nous suivons donc effectivement Thorfinn qui tient absolument à laisser ce monde en paix avant de partir car il semble avoir trouver la solution pour éviter la noirceur du cœur de l’homme. Je suis un gros fan de la façon qu’a trouvé Thorfinn pour se faire reconnaitre par les généraux et pour pouvoir atteindre Knut. Cette force d’esprit absolument gigantesque impose le respect tant à ses pairs qu’à nous, lecteurs. Quelle puissance évocatrice qui me file la chair de poule. Ensuite, la rencontre entre les deux anciens alliés est parfaitement touchante, tant la candeur naturelle et l’humanité naïve ressort de Thorfinn et permet enfin à Knut de trouver deux épaules pour pouvoir enfin se soulager du fardeau bien trop lourd qu’il avait à porter. Je suis dingue de cette façon qu’on eut absolument toutes les pièces du puzzle de cet arc de converger autour de ces deux personnages pour oser espérer un avenir un peu plus radieux pour les hommes du Nord. Espoir que nous retrouvons avec les personnages laissés à la ferme qui ont bine changés, et qui promettent pour leur avenir, ainsi que dans le voyage de Thorfinn, Einar et Leif qui va se lancer prochainement.

Conclusion

            Je suis fou de joie d’avoir enfin pu avancer de quelques tomes dans la grande épopée de Thorfinn. D’autant plus que ces nouveaux tomes et le changement d’arc narratif a fait gagner un nombre de places non négligeable à Vinland Saga dans les mangas qui me tiennent le plus à cœur. Pouvoir passer ainsi d’une intrigue se perdant dans des affrontements insensés, se concentrant sur trois ou quatre personnages au grand maximum mais en ayant bien du mal à m’intéresser à une intrigue en recoupant une belle quantité, avec un réel propos de fond et une humanité rayonnante qui fait plaisir à voir. Evidemment, tous ces sentiments sont décuplés par la présence du prologue et des défauts que je lui trouve. Finalement, ce premier pas est tremblant mais il est essentiel pour nous lancer sur la piste du chef-d’œuvre que semble poursuivre Vinland Saga avec son arc des esclaves. Entre le parallélisme flagrant des deux protagonistes, le décuplement de personnages secondaires essentiels et d’intrigues réussies et avec un propos sur le vrai guerrier plus que pertinent. Je me demande à quoi ressemblera la prochaine étape du voyage mais je me permet d’être plus qu’optimiste maintenant. Finalement, ces sept tomes m’auront permis de l’atteindre, d’atteindre mon Vinland.

            Merci beaucoup d’avoir pris le temps de lire mon humble écrit sur ces quatre tomes de Vinland Saga. Me voilà enfin à jour sur les tomes que j’ai acheté mais le voyage est loin d’être terminé. N’hésitez pas à interagir avec cet article afin de faire avancer la barque de mes projets et de prolonger mon voyage au sein de Vinland Saga. En espérant vous retrouver bientôt pour un autre rattrapage ou tout autre chose. Merci à tous, à Komorebientôt !

16 commentaires

  1. C’est trop long je lirai pas !

    Plus sérieusement, je le lirai quand j’aurai le temps, car lire en plusieurs fois c’est pas top pour suivre le cheminement.

    Mais je suis ravi de déjà voir que cet arc t’as fait le même effet qu’à moi, c’est à dire qu’il a fait passer le manga à un autre niveau dans ton cœur..

    J’avais prévu une relecture de l’arc pour tenter une analyse de fond.

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  2. J’ai enfin pris le temps de te lire et je n’aurai pas grand chose à ajouter tant tu traites en détails cet arc qu’il faut absolument que je relise pour en faire un article qui sera mon magnum opus de ma life tant il y a à dire !

    Tu parles notamment du fait qu’il y a beaucoup de personnages qui ne sont pas liés à l’intrigue principale, et je trouve que c’est une grosse force de l’arc. Notamment les personnages d’Olmar (formidablement écrit) ainsi qu’Arneis et son mari, qui contribuent à la thématique centrale du récit.

    Cet arc est vraiment le moment de bascule de la série, qui par la site ne va faire que se renouveler.
    Tu verras, tu vas continuer d’apprécier je pense. Si il reste mon arc préféré, tout le reste est également de l’ordre du chef-d’oeuvre.

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    • Merci d’avoir pris le temps de lire et de commenter, ça me fait bien plaisir. Encore plus si c’est pour me dire que j’ai bien fait mon travail 😋. J’attends ton magmum opus avec impatience alors.

      La différence entre le prologue et cet arc se fait totalement sur les personnages plus secondaires pour moi. On voit tellement plus d’intrigues et de propos comme ça, tout ça pour ajouter au principal. Je trouve ça merveilleusement bien construit.

      J’ai bien hâte de voir à quoi va ressembler l’expédition qui arrive. D’ici fin 2021 je pense, mais c’est possible que cela arrive après même. Mais j’ai le temps de rattraper ce chef-d’oeuvre de toute façon !

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