L’ultime chef-d’oeuvre de Hayao Miyazaki | Le vent se lève

[Case n°10 du Calendrier de l’Avent]

Bonjour à tous et bienvenue sur le blog de Komorebi pour parler avions, rêves, amour, maladie et dernier film. Aujourd’hui au programme c’est une nouvelle étape importante de mon voyage au sein du studio Ghibli, Le vent se lève. N’hésitez pas à me partager votre avis sur cette œuvre, j’en discuterai avec plaisir. Bref, qu’est-ce que c’est et qu’en ai-je pensé ? C’est parti !

Page des Komoritiques de l’oeuvre


Genre : Biographie romancée
Thèmes : Guerre
Film d’animation japonais
Réalisateur : Hayao Miyazaki
Producteur : Toshio Suzuki
Scénariste : Hayao Miyazaki
Studio d’animation : Studio Ghibli
Compositeur : Joe Hisaishi
Durée : 126 minutes
Sortie : 20 juillet 2013

Inspiré par le fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jiro rêve de voler et de dessiner de magnifiques avions. Mais sa mauvaise vue l’empêche de devenir pilote, et il se fait engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie en 1927. Son génie l’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs du monde.
Le Vent se lève raconte une grande partie de sa vie et dépeint les événements historiques clés qui ont profondément influencé le cours de son existence, dont le séisme de Kanto en 1923, la Grande Dépression, l’épidémie de tuberculose et l’entrée en guerre du Japon. Jiro connaîtra l’amour avec Nahoko et l’amitié avec son collègue Honjo. Inventeur extraordinaire, il fera entrer l’aviation dans une ère nouvelle.

Synopsis

Mon avis : L’idée originale du film surgit lorsque Hayao Miyazaki écrit et dessine un court manga sur la vie de Jirō Horikoshi pendant la Seconde Guerre mondiale, manga qu’il publie dans un magazine de modèles réduits, Model Graphix, en 2008. Dans le manga, Jirō Horikoshi est représenté avec une tête de cochon, comme le héros de Porco Rosso. Le manga est titré Le vent se lève, extrait d’un vers du poème Le Cimetière marin de Paul Valéry paru en 1920. Après avoir lu ce manga, le producteur Toshio Suzuki suggère à Hayao Miyazaki d’en faire un long métrage d’animation, mais celui-ci commence par refuser, entre autres parce que le manga, qui aborde frontalement le sujet de la guerre, se destine uniquement à un public adulte tandis que ses films se destinent à un public plus large incluant les enfants. Miyazaki prend le temps de réfléchir tandis qu’il mène à bien plusieurs autres projets, puis finit par accepter deux ans après, à la toute fin de 2010.

Miyazaki rencontre beaucoup de difficultés dans la conception de l’histoire et du storyboard du film et avance d’abord très lentement. Il veut faire le film mais craint qu’il ne rencontre pas son public ; dans les premiers temps, il ne veut pas renoncer à intéresser aussi les enfants. En outre, le sujet est particulièrement délicat, car le film est consacré à un ingénieur qui a inventé un avion de guerre, qui plus est pour l’armée impériale. Ce sujet suscite des dissensions au sein du studio, certains craignant de passer pour des apologues de la guerre ; la femme de Miyazaki est également dubitative. Miyazaki lui-même est conscient du problème, qui rejoint sa contradiction personnelle de pacifiste, néanmoins passionné par les avions et les engins, y compris militaires. Le séisme du 11 mars 2011 perturbe le travail dans les studios pendant quelques jours et provoque d’autres remises en cause puisqu’il devient délicat d’aborder le séisme de 1923 de Kantō dans le film. C’est en juin 2011 que les idées du réalisateur commencent à se mettre en place : il renonce à recourir au fantastique et centre le film sur la question de la vie dans une époque troublée comme celle des années 1930, époque où, comme dans le poème de Valéry, « le vent se lève ».

La production du film commence, mais l’histoire subit encore de nombreuses modifications. Miyazaki, qui s’est déjà largement écarté de l’intrigue de son manga d’origine, hésite sur la fin à donner au film. Il choisit de s’inspirer du roman Le Vent se lève de Tatsuo Hori, roman autobiographique où Hori décrit sa relation avec son épouse malade de la tuberculose, qui lui sert de modèle pour l’amour entre Jirō et Nahoko. Cette relation amoureuse est un élément entièrement fictif tandis que le parcours professionnel de Jirō reste à peu près fidèle à la réalité historique. Miyazaki fait cet ajout afin que le film ne soit pas entièrement centré sur la conception d’un avion de guerre, mais aborde plus largement les rêves et les sentiments de Jirō et la façon dont on tente de vivre pleinement dans une époque de guerre. Le recours à des éléments fictifs lui permet aussi de pallier le petit nombre de sources sur les sentiments du vrai Horikoshi, qui a laissé très peu d’écrits personnels.

Dans une interview en janvier 2014, Miyazaki indique s’être également inspiré des films japonais en noir et blanc comme ceux de Yasujirō Ozu et Mikio Naruse qui « montraient les conditions très dures dans lesquelles évoluait la société japonaise d’avant-guerre », ainsi que ceux de Tomu Uchida.

Plus réaliste que les précédents films de Hayao Miyazaki, Le Vent se lève tente de reconstituer et de montrer à l’écran le Japon des années 1920-1930, une époque où l’on porte encore des habits traditionnels, où les manières sont très cérémonieuses y compris entre membres d’une même famille, et où une grande pauvreté sévit dans un Japon encore très rural marqué par les conséquences de la crise économique de 1929. Si Miyazaki peut se fonder les souvenirs de la génération de ses parents, l’équipe du film rencontre néanmoins des difficultés dans ce travail de reconstitution, car la société japonaise a beaucoup changé depuis et les gestes et comportements alors traditionnels disparaissent à grande vitesse. L’équipe du studio doit notamment rechercher et engager une femme connaissant encore les usages de l’époque sur la bonne façon de porter un kimono mais aussi de le plier et de le ranger ; l’équipe doit aussi se renseigner sur la façon dont on se tenait sur un tatami. L’équipe du studio se documente aussi grâce à un grand nombre d’anciennes photographies. La même logique de réalisme historique guide la représentation du tabagisme, très répandu au Japon à l’époque, notamment parmi les étudiants.

Pour concevoir le décor de la maison où vivent Jirō et Nahoko, Miyazaki s’inspire notamment de la maison familiale des Maeda, à Tamana, dans la préfecture de Kumamoto, maison où a vécu l’écrivain Natsume Sōseki dont le réalisateur apprécie beaucoup les écrits ; Miyazaki visite la maison en 2010.

La production du film commence en juillet 2011 et mobilise une équipe de deux cents personnes ; elle s’achève en juin 2013.

Pendant la production, une équipe de la chaîne de télévision japonaise NHK tourne un documentaire sur la conception du film, 1000 jours dans la production de Le Vent se lève. D’une durée de 75 minutes, le documentaire est diffusé sur NHK le 26 août 2013.

Pour la première fois dans un long métrage des studios Ghibli, de nombreux bruitages du film sont créés par des voix humaines. C’est notamment le cas des bruits des moteurs des avions, du sifflement d’une locomotive, du ronronnement du moteur d’une voiture ou du grondement du séisme de 1923. Cette technique avait été expérimentée par Hayao Miyazaki en 2006 pour son film À la recherche d’une maison, un court métrage destiné au musée Ghibli.

Le choix d’un acteur de doublage pour le rôle de Jirō pose longtemps problème à l’équipe du film, qui s’accorde rapidement sur les caractéristiques de la voix du personnage mais ne parvient pas à trouver la voix appropriée. En décembre 2012, alors que le temps commence à presser, Toshio Suzuki propose à Hayao Miyazaki de faire passer une audition à un réalisateur de leur connaissance, Hideaki Anno, bien qu’il ne soit pas un acteur de doublage ; en effet, tant sa personnalité que son ton de voix sont proches de ceux du personnage. Anno a commencé sa carrière dans l’animation en tant qu’animateur clé pour Nausicaä de la vallée du vent en 1984 puis s’est fait connaître en réalisant la série animée Neon Genesis Evangelion en 1995-1996. Très satisfait par les premières auditions, Miyazaki accepte et c’est finalement Anno qui double Jirō.

Les autres rôles sont plus facilement attribués. Nahoko est doublée par Miori Takimoto, qui a commencé sa carrière comme chanteuse dans le groupe de J-pop SweetS avant de devenir actrice. D’autres rôles sont attribués à des collaborateurs de longue date des studios Ghibli. Kayo, la sœur de Jirō, est doublée par Mirai Shida, qui avait déjà prêté sa voix à Arrietty dans Arrietty, le petit monde des chapardeurs de Hiromasa Yonebayashi en 2010. Le personnage de Castorp est doublé par Stephen Alpert, ancien membre du département international des studios, dont le physique a également inspiré Miyazaki pour l’apparence du personnage.

Au Japon et dans les pays voisins, le sujet du film a fait l’objet d’une importante polémique, amplifiée par les prises de position pacifistes de Miyazaki. Ce dernier avait en effet signé quelques jours avant la sortie du film, dans le mensuel Neppu, une publication du studio Ghibli, une tribune de 28 pages intitulée Modifier la Constitution est insultant. De plus, dans Le vent se lève, l’ingénieur Jirō Horikoshi, passionné d’aviation, est intéressé par le fait de concevoir de « beaux avions » et non des appareils à utiliser pendant la guerre. De nombreux Japonais ont ainsi reproché à Miyazaki son anti-nationalisme et son refus de réviser la Constitution, comme le souhaite le premier ministre japonais Shinzō Abe, notamment concernant l’article 9 de la constitution japonaise qui fait renoncer le Japon à son droit de déclarer la guerre ou à utiliser sa force militaire comme moyen de règlement des différends internationaux.

À l’inverse, de nombreuses critiques se sont élevées dans les pays voisins ayant souffert lors de la guerre contre le Japon ou étant en conflit territorial avec lui, notamment en Corée du Sud et en Chine, où certains reprochent au réalisateur de faire l’apologie de la guerre dans son dernier film.

Un autre élément du film, sans rapport avec la guerre, a fait débat au Japon : le nombre de scènes où l’on voit les personnages fumer. Deux scènes en particulier, une où le personnage de Honjô demande une cigarette à Jirō alors qu’ils sont encore au lycée et une autre où Jirō fume à côté de Nahoko alors qu’elle est gravement malade, ont provoqué la colère d’une association japonaise luttant contre le tabagisme qui a demandé que la diffusion du film soit interrompue du fait de la mauvaise influence qu’il pouvait avoir sur les jeunes spectateurs.

Le Vent se lève décrit avec précision la société japonaise des années 1920-1930. L’une des scènes du film montre Jiro offrant à trois enfants affamés des parts d’un gâteau appelé siberia, qui se compose de deux tranches de castella enfermant du yōkan. Ce gâteau, très populaire avant la Seconde Guerre mondiale, disparaît peu à peu à partir des années 1960. Au moment de la sortie du film au Japon, cette pâtisserie n’est presque plus commercialisée, mais son apparition dans le film réveille l’intérêt du public à son égard et les quelques boulangeries qui en vendent encore voient leurs ventes décoller en flèche, notamment auprès des femmes âgées qui en consommaient à l’époque.

Le film suscite également un regain d’intérêt pour certains lieux qui y apparaissent, comme l’usine de bière Kabuto à Handa, dans la préfecture d’Aichi, construite en briques rouges et considérée comme un monument culturel important, mais peu accessible au public : l’afflux de visiteurs suscité par le film amène les autorités locales à engager des travaux de restauration afin d’ouvrir davantage l’endroit aux visiteurs.

Voilà pour les anecdotes sur le film, nous arrivons à ce que j’en ai pensé.

Ah, Hayao Miyazaki… MAÎTRE Miyazaki. Lorsqu’il sort un nouveau film d’animation, c’est toujours un évènement, surtout quand il s’agit de son dernier, comme il l’annonçait une nouvelle fois. « Le Vent Se Lève » nous invite à suivre la vie de Jiro Horikoshi, un ingénieur aéronautique japonais qui s’illustrera dans son pays en créant le fameux chasseur Zéro, tristement célèbre pour avoir été un facteur déterminant dans la victoire japonaise lors de la terrible bataille de Pearl Harbor… Alors, me direz-vous, Miyazaki a choisi pour chant du cygne un brûlot contre la guerre et ses horreurs ? Et bien non : déjà parce que Miyazaki a déjà dénoncé la guerre dans ses précédentes œuvres, mais surtout parce que Miyazaki voulait faire un film testament et, par conséquent, se trouver une sorte d’alter-égo, un doux rêveur comme lui et il faut bien avouer que sur ce point Jiro Horikoshi correspond parfaitement.

Et cela se ressent dès l’ouverture du film, où l’on assiste au rêve onirique d’un petit garçon qui rencontre un créateur d’avions italien l’invitant à grimper dans l’un d’entre eux pour aller voguer au-delà des nuages, puis au réveil de ce garçon qui affirme que plus tard il inventera des avions : pas de doute possible, le garçon c’est Miyazaki qui a toujours rêvé de faire des dessins animés. De plus, ces cinq premières minutes sont déjà un régal pour nos yeux où le Maître japonais étale tout son énorme savoir-faire, nous faisant retrouver la magie que nous voyons à chacun de ses films. On suivra alors la vie de ce garçon, qui ne faillira jamais à sa promesse et tentera tout pour créer un avion révolutionnaire : on partagera ses rêves, on sera confrontés aux aléas de la vie qu’il rencontre, on rira avec lui lors de moments de bonheur simples et on souffrira lorsque des malheurs le frapperont de plein fouet.

Oui, car « Le Vent Se Lève » dépeint une vie, LA vie même, faisant de lui (et de loin !) son film le plus adulte à ce jour : tout d’abord on ne retrouve ici nullement l’une des choses qui ont marqué la filmographie de Miyazaki à savoir le fantastique et les créatures surnaturelles, on est dans une histoire intégralement réaliste bien ancrée dans l’Histoire avec un grand « H » ; ensuite, le film aborde des sujets graves et sensibles tels que le tremblement de terre du Kanto de 1923, la Grande Dépression, la terrible épidémie de tuberculose, l’entrée en guerre du Japon ou encore les ravages même de cette guerre. Heureusement pour nous, comme pour équilibrer le récit, il nous conte aussi une très jolie histoire d’amour entre le héros et une jeune fille qu’il a rencontré lors du tremblement de terre ! « Le Vent Se Lève » peut alors se voir à juste titre comme étant LE film de la maturité absolue pour Miyazaki.

Je parlais plus haut de film testament, cela peut se vérifier par deux choses : tout tourne ici autour du vent et le vent est l’un des rares éléments que l’on peut retrouver dans tous les films de Miyazaki, aux côtés des avions, des rêves et de la jjeunesse. Ensuite, lors de certains dialogues, la portée symbolique de phrases telles que « un artiste n’a que quelques années de création », « avez-vous bien profité de ces dix années ? » ou encore « il faut savoir s’arrêter » ne peuvent que nous confirmer qu’il s’agit bien ici du dernier pour Miyazaki. Du moins c’est comme ca qu’on aurait pu le voir s’il n’était pas encore revenu après. Comme d’habitude, la réalisation est irréprochable et la qualité de l’animation ne peut être qualifiée que de parfaite : mon dieu que c’est beau. Et cette beauté visuelle est une nouvelle fois sublimée par la musique merveilleuse et langoureuse de son éternel ami Joe Hisaishi.

Voilà, « Le Vent Se Lève » est un formidable chant du cygne qui ne le sera plus d’ici quelques articles, moins merveilleux et plus adulte qu’à l’accoutumé. Sans être LE chef-d’œuvre de Miyzaki, il demeure néanmoins UN chef-d’œuvre de Miyzaki. Je n’ai pu contenir une petite larme en le visionnant, tantla fin était belle et pertinente avec ce qu’il nous a servi tout le long du film et des précédents.

En somme, il s’agit d’un Miyazaki que je trouve très fort tant son travail sur les rêves, la guerre et la vie est très juste. Il enchaîne assez bien la douce réalité et la tendre histoire d’amour les deux se répondent bien jusqu’à presque s’inverser. Nous ressentons parfaitement les différentes passions de Hayao qui utilisent une nouvelle fois les éléments les plus importants pour lui, ce qui correspond parfaitement au fait qu’il comptait mettre un terme à sa carrière à ce moment là. Je pense qu’il s’agit d’une de mes découvertes préférées de ce marathon. le vent se lève, il faut tenter de vivre !

😍


Merci beaucoup de m’avoir lu. N’hésitez pas à me partager votre avis sur ce titre et sur cet article et à me partager tout ça, ça m’aidera beaucoup. On se revoit très vite. Merci à tous, c’était Komorebi !

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